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Résumé | Sommaire
| Article original
Activation et synchronisation corticales durant une tâche de compréhension lexicale chez les autistes de haut niveau : signes de sous-connectivité
Just MA, Cherkassky VL, Keller TA, Minshew NJ
Brain 2004; 127(8): 1811-1821
En bref
Les résultats de cette étude sur les connexions entre diverses parties du cerveau peuvent-ils aider à expliquer certaines différences d’apprentissage et de perception chez les autistes de haut niveau?
- Certaines études ont montré que le cerveau des autistes contient une accumulation anormale de substance blanche (fibres nerveuses formant les connexions entre les neurones).
- Cette étude visait à déterminer comment un excès de substance blanche peut expliquer à la fois les déficiences et les forces des autistes.
- Les résultats indiquent qu’une substance blanche plus abondante pourrait causer un ralentissement des signaux ou même l’absence de connexions entre différentes aires du cerveau qui, normalement, agissent de concert pour assurer un niveau de fonctionnement plus élevé.
- Cette étude apporte un autre élément d’explication au mécanisme qui sous-tend les problèmes d’interaction sociale, de langage et de comportement, de même que les talents, observés chez les autistes.
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Question : Est-ce que les résultats des examens d’imagerie par résonance magnétique nucléaire fonctionnelle (IRMf), rapportés dans cette étude, aident à expliquer certaines différences d’apprentissage et de perception chez les autistes de haut niveau?
Contexte : Depuis quelques années, de plus en plus d’études montrent que le cerveau des enfants atteints d’un trouble du spectre autistique (TSA) diffère de celui des enfants exempts de trouble du développement. On constate habituellement que le cerveau des autistes est plus gros, contenant à la fois plus de matière blanche (fibres qui assurent les connexions entre les neurones) et de matière grise (neurones qui assurent le traitement de l’information).
Parallèlement, des recherches ont été réalisées dans le but d’établir les caractéristiques psychologiques anormales (traitement mental) propres aux autistes. Elles ont mis en évidence entre autres une faible cohésion centrale, qui renvoie à l’expression « les arbres cachent la forêt ». En effet, les autistes s’attardent aux menus détails sans parvenir à percevoir ou à saisir le contexte global. Cette dysfonction s’explique en partie par l’incapacité du sujet à garder en mémoire un simple élément d’information pendant qu’il essaie de le relier à une autre donnée.
Les auteurs de cette étude établissent une correspondance entre les résultats d’études d’IRM fonctionnelle chez des autistes de haut niveau et les déficits psychologiques (par exemple, défaut de cohésion centrale) ainsi que les talents observées chez les personnes autistes.
Sujets : Dix-sept (17) autistes de haut niveau (QI verbal et général supérieur à 80) ont été appariés à 17 volontaires, en fonction de l’âge, du QI, du sexe, de la race et du niveau socioéconomique familial. Tous les sujets ont subi des examens de dépistage de troubles génétiques et médicaux et d’affections neuropsychiatriques.
Méthodologie : On a demandé aux sujets de lire une phrase et de répondre ensuite à des questions de compréhension, pendant qu’on les soumettait à un test de résonance magnétique fonctionnelle pour voir quelles zones du cerveau étaient activées durant cette tâche.
Principaux résultats : L’IRMf a révélé des différences marquées entre les deux groupes de sujets pour ce qui est de l’activation des aires du langage, notamment l’aire de Broca et l’aire de Wernicke. L’aire de Wernicke est importante pour la reconnaissance des mots isolés, tandis que l’aire de Broca assure l’intégration de plusieurs fonctions associées à la compréhension et à l’utilisation du langage. Or, l’aire de Wernicke était plus sollicitée et l’aire de Broca moins sollicitée chez les autistes que chez les témoins. La vitesse et l’intensité de la communication entre les deux aires étaient réduites chez les autistes, c’est-à-dire que l’activation des deux régions était décalée alors qu’elle aurait dû être synchrone.
Conclusions : Les auteurs ont relevé des différences importantes entre les autistes de haut niveau et les sujets au développement typique selon les trouvailles de l’IRMf. Chez les autistes, l’activation des deux aires du langage était désynchronisée durant une tâche, alors qu’elle était simultanée chez les sujets témoins. Cette découverte pourrait aider à expliquer pourquoi les autistes restent accrochés sur les mots (détails), sans comprendre le sens global de la phrase (ensemble). On a postulé que le signal partant de l’aire de Wernicke, où s’effectue la reconnaissance initiale des mots et du sens qui s’y rattache, diminue avant d’atteindre l’aire de Broca, où l’information peut être transformée en langage verbal ou écrit. Cette « sous-connectivité » est peut-être due à l’abondance de la substance blanche dans le cerveau des autistes, qui, au lieu de créer des connexions neuronales entre les aires de traitement du cerveau, comme elle devrait le faire, bloque la communication en inhibant la transmission des signaux d’une aire à l’autre.
Il faut d’autres études pour confirmer cette hypothèse, mais les auteurs présentent un scénario complètement plausible, qui rend compte des déficits propres aux autistes et des traits de génie de certains autres. Ces résultats expliquent également l’hyperlexie, la capacité de lire un texte complexe sans en comprendre la signification. La capacité d’entrer en relation avec les autres nécessite une corrélation harmonieuse entre les régions du cerveau responsables de la reconnaissance des expressions faciales, du ton de la voix et des manifestations d’émotion. Il se pourrait que les voies d’association soient ralenties, voire inexistantes, chez les personnes autistes. |