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Peut-on stopper l’autisme? Une étude montre que les signes d’autisme peuvent être détectés dès l’âge de 18 mois

Sherry Cecil

À partir de quel âge peut-on détecter les symptômes de l’autisme? Une intervention dès l’âge de 12 mois est-elle utile? Serait-ce la solution pour stopper l’évolution de ce trouble neurodéveloppemental complexe?

Des chercheurs canadiens tentent de répondre à ces questions et à d’autres questions connexes, dans le cadre d’une étude multicentrique inédite portant sur les personnes jugées à risque élevé d’autisme – les frères et sœurs des enfants autistes.

Il est prouvé que l’autisme a une composante génétique – les études révèlent que le taux de récurrence est environ 50 fois plus élevé dans les familles comptant un enfant autiste (entre 5 et 10 %) que dans la population générale.

« Nous avons voulu prendre des sujets très vulnérables, soit les jeunes frères et sœurs d’enfants autistes, et les suivre au fil des ans pour en apprendre davantage sur leur développement infantile et le début de l’autisme », explique Lonnie Zwaigenbaum, pédiatre du développement à l’Université McMaster de Hamilton, en Ontario, et l’un des principaux investigateurs de cette étude.

« Notre objectif est de trouver des marqueurs comportementaux et biologiques de l’autisme qui vont aider les cliniciens à établir un diagnostic plus précoce et plus catégorique. »

L’étude a pris une telle ampleur qu’elle est maintenant la plus vaste du genre au monde, mettant à contribution quelque 200 familles dans trois villes canadiennes – Toronto, Hamilton et Halifax. Et elle a produit des résultats préliminaires encourageants : les enfants qui deviendront plus tard autistes peuvent afficher plusieurs des symptômes observés chez les autistes plus âgés, et ce, dès l’âge de 12 mois, voire à 6 mois. Ces signes sont entre autres l’absence de sourire social, l’absence de réaction à l’appel de son nom, un défaut de fixation et de poursuite visuelle, une indifférence sociale et une réactivité exagérée aux stimulations sensorielles.

La découverte la plus importante est qu’il est possible de cibler ces anomalies du développement à l’aide d’interventions chez des bébés de 12 mois.

Jessica Brian, psychologue du développement clinique à l’hôpital pour enfants malades de Toronto, qui a passé plus d’un an à élaborer et à raffiner ces interventions, souligne que le but est de travailler avec les familles sur des stratégies qu’elles peuvent utiliser à la maison. Ces stratégies sont axées sur quatre dimensions à améliorer – contact visuel, habiletés de communication, réciprocité sociale et imitation – au moyen de jeux sociaux, de chansons interactives et d’autres jeux adaptés à cette tranche d’âge.

Un bon nombre d’enfants ont fait des progrès, même remarquables dans certains cas. « Un bambin de 16 mois n’avait aucune aptitude de communication directe quand nous l’avons rencontré pour la première fois, raconte la profeseure Brian. Le seul moyen de faire savoir à sa mère qu’il voulait son biberon, c’était de se planter au milieu de la pièce et de crier, et ce, même lorsque la bouteille était à sa portée. »

La mère l’a entraîné à regarder la bouteille en l’approchant puis en l’éloignant, en l’agitant ou en la plaçant sur la table devant lui. Chaque fois que l’enfant regardait la bouteille, elle la lui donnait.

« Une heure plus tard, il avait arrêté de pleurer et il regardait beaucoup plus la bouteille. Il avait appris une chose que les enfants autistes ont beaucoup de mal à acquérir – qu’il y a des moyens de maîtriser leur environnement. »

La profeseure Brian attribue la réussite de ce projet en grande partie à un nouvel outil d’observation, l’échelle d’observation de l’autisme pour les bébés (AOSI), mise au point par l’équipe de recherche. Jusque-là, il n’existait pas d’instrument normalisé conçu spécialement pour évaluer les comportements reliés à l’autisme chez les tout-petits. L’inventaire CHAT (Checklist for Autism in Toddlers) ne convient pas aux enfants de moins de 18 mois, et l’échelle d’observation pour le diagnostic de l’autisme (ADOS) n’est pas assez sensible pour déceler les changements subtils.

L’échelle AOSI utilise 18 marqueurs de risque d’autisme obtenus à partir d’études rétrospectives, d’analyses de vidéos maison, de cahiers d’observations et de l’expérience clinique collective du groupe de chercheurs. Ces indicateurs peuvent être cotés de façon fiable dans le cadre d’une brève évaluation clinique, et les observations faites à 12 mois aident à prédire quels enfants risquent le plus de devenir autistes.

« Cet instrument nous indique que les premiers signes peuvent être détectés à un très jeune âge, commente le Dr Zwaigenbaum, et peut-être qu’en intervenant à ce stade précoce du développement, on pourra changer le devenir de ces enfants. »

Est-ce qu’une intervention précoce auprès des bébés pourrait prévenir l’apparition de l’autisme chez certains de ces enfants? La profeseure Brian se dit optimiste. « Nous espérons qu’une intervention précoce pourra empêcher l’autisme de s’installer chez certains enfants. Au moins, nous pensons pouvoir créer de nouvelles expériences qui favoriseront une trajectoire développementale plus normale. »

Découvrez comment vous ou vos patients pouvez prendre part à cette étude.
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