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| Article original
La rispéridone chez les enfants atteints d’autisme présentant de graves problèmes de comportement.
McCracken et al., représentant le Research Units on Pediatric Psychopharmacology Autism Network
NEJM (New England Journal of Medicine) 347(5):314-321.2002.
En résumé
La rispéridone est-elle sécuritaire et efficace pour le traitement de graves problèmes de comportement chez les enfants atteints d’autisme?
- Le traitement avec rispéridone a grandement réduit les niveaux d’irritabilité.
- Le pointage des tests de comportement a augmenté considérablement sous la médication par rapport au placébo.
- La rispéridone est sécuritaire et efficace à court terme.
- La fatigue et la prise de poids sont les deux principaux effets secondaires du médicament.
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Question : La rispéridone est-elle sécuritaire et efficace dans le traitement de graves problèmes de comportement chez les enfants atteints d’un TED?
Mise en contexte : Les enfants atteints d’autisme manifestent souvent de très graves problèmes de comportement. Leurs crises de colère, leur irritabilité extrême et leur agression physique sont lourdes de conséquences pour la famille. Il est très stressant pour leurs parents de composer avec les nombreux bouleversements de la vie familiale. Leurs frères et sœurs craignent leurs agressions physiques et redoutent parfois d’inviter des amis à la maison à cause des situations imprévisibles qui pourraient survenir. La famille peut devenir de plus en plus isolée à mesure que l’agression augmente. Les interventions comportementales à elles seules ne suffisent pas toujours pour régler les problèmes plus graves. Plusieurs médicaments psychiatriques sont utilisés pour contrôler les problèmes de comportement et cette étude présente les résultats de l’essai d’un nouveau traitement.
Conception : Essai de 8 semaines réalisé dans de multiples centres médicaux universitaires. Après avoir été assignés de façon aléatoire à recevoir soit un placébo, soit le médicament, les enfants ont été inscrits à l’essai. Ni les parents ni les médecins ne savaient quels enfants recevaient le médicament actif et quels enfants recevaient le placébo. Après cette phase initiale, suivie d’une période de 4 mois pendant laquelle le médicament était ouvertement prescrit, les enfants ont poursuivi une phase de sevrage de 2 mois contrôlée par placébo.
Endroit : L’étude a été effectuée par le Autism Network of the Research Units on Pediatric Psychopharmacology aux centres suivants : UCLA, Ohio State University, Indiana University, Yale University, et le Kennedy Krieger Institute of Johns Hopkins.
Patients : Les enfants âgés de 5 à 17 ans qui rencontraient les critères de diagnostic du DSM-IV pour l’autisme, qui pesaient au moins 15 kg, et qui avaient un âge mental d’au moins 18 mois étaient admissibles à participer à l’étude. De plus, ils ne devaient pas souffrir d’autres troubles médicaux graves ou de maladies psychiatriques avant de participer à l’étude. Les enfants qui prenaient des médicaments traitant efficacement des problèmes de comportement étaient exclus.
Intervention : 101 enfants (82 garçons et 19 filles avec un âge moyen de 8,8 +/-2,7 ans) ont été assignés de façon aléatoire à recevoir soit de la rispéridone (49 enfants) ou placébo (52 enfants).
Principaux indicateurs des résultats : Pointage des sous échelles d’irritabilité ABC (Aberrant Behavior Checklist) et CGI-I (Clinical Global Impressions-Improvement).
Principaux résultats : L’objectif de l’analyse en était un de traitement, c’est-à-dire que les données concernant chaque enfant inscrit à l’étude ont été analysées, qu’il ait complété l’étude ou non. Après 8 semaines de rispéridone, le groupe assigné au traitement a enregistré une diminution de 56,9 % du pointage d’irritabilité moyen contre 14,1 % pour le groupe ayant reçu le placébo (p<0,001). Le taux de réaction positive (c’est-à-dire une amélioration d’au moins 25 % de la sous-échelle d’irritabilité et une forte amélioration du pointage selon la sous-échelle CGI) était de 69 % pour le groupe de traitement (34 sur 49) et de 12 % pour le groupe placébo (6 sur 52, p<0,001).
Conclusions : La rispéridone a été jugée sécuritaire et efficace pour le traitement à court terme de graves problèmes de comportement chez les enfants atteints d’autisme. Les enfants du groupe de traitement actif, par contre, ont connu de la fatigue et une perte de poids beaucoup dans beaucoup plus de cas de que le groupe placébo.
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Commentaire
Malgré le grand nombre d’enfants atteints d’un troubles du spectre autistique (TSA) à qui des médicaments sont prescrits pour des problèmes de comportement, certaines études rapportent que dans plus de 50 % des cas, il n’existe que très peu d’essais contrôlés randomisés pour aider les parents et les praticiens à prendre des décisions de traitement sécuritaires et efficaces. Il est très encourageant de voir des études qui s’intéressent spécifiquement aux enfants atteints d’autisme, et qui comptent suffisamment de participants et sont conçues de manière à composer une base de données pertinentes qui permettront une prise de décisions éclairées en matière de traitement.
Quelles conclusions peut-on tirer de cette étude? Quel est le traitement, qui étaient les enfants traités et quels ont été les effets du traitement, tant négatifs que positifs?
La rispéridone fait partie d’un groupe de médicaments connus sous le nom de neuroleptiques ou antipsychotiques. L’halopéridol (ou Haldol), un médicament plus ancien qui fait aussi partie de ce groupe, est utilisé depuis longtemps pour traiter les personnes atteintes d’autisme depuis les années 70. Bien que l’halopéridol soit très efficace pour atténuer les comportements agressifs, des études menées dans les années 80 ont démontré qu’il peut aussi causer de graves effets secondaires comme la dyskinésie, ou perte de contrôle musculaire, particulièrement au niveau de la bouche; ce médicament a donc été de moins en moins utilisé chez les enfants. La rispéridone fait partie d’un groupe appelé neuroleptiques atypiques (qui inclut également l’olanzépine) qui ont été lancés dans les années 90. Ces médicaments sont similaires à l’halopéridol et semblent causer moins d’effets secondaires, du moins à court terme. De nombreux essais cliniques sans insu (c’est-à-dire, essais ouverts sans groupes témoins) sur la rispéridone laissent croire à son efficacité pour réduire les comportements agressifs et l’irritabilité. Cela dit, l’étude dont il est ici question est le premier essai contrôlé randomisé portant sur les enfants atteints d’autisme.
Les enfants traités dans le cadre de cette étude avaient entre 5 et 17 ans et portaient un diagnostic confirmé de TSA. Dans son ensemble, le groupe affichait des symptômes de comportement grave, tel qu’en faisait état l’évaluation des parents sur l’agression et l’irritabilité des jeunes au départ, de même que le fait que plus de 70 % d’entre eux avaient déjà été traités avec des médicaments psychotropiques. Plus de 80 % des participants accusaient une déficience intellectuelle (IQ<70), et la plupart d’entre eux fonctionnaient à un niveau adaptatif très limité (indépendance dans les habiletés de vie quotidienne) au départ.
Les effets positifs des médicaments de ce groupe sont résumés à la section « Principaux résultats » ci-dessus. Il est remarquable de constater que près
de 70 % des enfants recevant de la rispéridone ont connu une grande amélioration, contre seulement 12 % des enfants du groupe placébo. Les effets secondaires les plus courants parmi les enfants qui recevaient de la rispéridone sont une augmentation de l’appétit (avec un gain de poids moyen de 2,7 kg, ou
6 lb, au cours de l’essai de 8 semaines), de la fatigue (51 % pour le groupe traitement, contre 27 % pour le groupe placébo), et de la salivation (27 % pour le groupe traitement, contre 6 % pour le groupe placébo). Des mouvements dyskinétiques ont été notés chez un petit nombre d’enfants dans les deux groupes, sans différence remarquable attribuable à la prise du médicament pendant l’essai de 8 semaines. Les analyses habituelles de laboratoire, incluant une évaluation du niveau des enzymes hépatiques et du rythme cardiaque, étaient dans les limites de la normale et n’offraient aucune différence entre les deux groupes.
Qu’est-ce que cet essai ne nous dit pas? Premièrement, nous ne pouvons pas nécessairement présumer que le médicament serait aussi efficace chez les enfants portant d’autre diagnostics dans le spectre autistiques (p. ex. syndrome d’Asperger) ou, encore chez des enfants dont le fonctionnement est plus élevé ou chez ceux qui ont des difficultés de comportement moindres que les enfants traités dans le cadre de cette étude. Les auteurs insistent sur le fait que la rispéridone doit être réservée au traitement des difficultés de comportement de modérées à graves. Deuxièmement, cette étude nous révèle peu de chose sur les effets de la rispéridone chez les enfants qui sont traités plus longtemps que 8 semaines. Il importe toutefois de noter que la plupart des enfants qui ont semblé bien réagir lors de l’étude en double aveugle ont continué de prendre le médicament et ont été suivis pendant une période supplémentaire de 4 mois. Parmi le groupe, 23 enfants sur les 34 (68 %) ont continué de montrer une amélioration.
Troisièmement, il existe des questions importantes sur les effets secondaires potentiels auxquels cette étude ne répond pas. Nous ne savons pas si les enfants traités avec la rispéridone ont continué de prendre du poids à un rythme excessif après l’essai de 8 semaines, ou si les autres effets secondaires tels que la dyskinésie pourraient devenir plus courants lors d’une période de traitement prolongée. Le nombre de participants est trop petit (environ 50 enfants dans chaque groupe de traitement) pour nous permettre de détecter des effets secondaires peu communs, mais potentiellement graves. Certains rapports de cas isolés ont indiqué qu’un petit nombre d’enfants prenant de la rispéridone peuvent développer un niveau élevé d’enzymes hépatiques et/ou de l’hormone prolactine, qui peut entraver le cycle menstruel chez les filles ou provoquer une croissance des seins chez les garçons. Il est intéressant de noter qu’aucun effet secondaire potentiellement mortel n’a été relevé depuis plusieurs années d’expérience du traitement en Amérique du Nord. Finalement, nous ne savons pas si la rispéridone est plus efficace que les interventions comportementales, ou si la combinaison des deux méthodes est préférable à leur application individuelle. Nous ne savons si le suivi intensif (visites hebdomadaires avec le clinicien de supervision) est nécessaire pour bénéficier au maximum du traitement avec la rispéridone.
Dans l’ensemble, il semblerait que la rispéridone constitue un traitement sécuritaire et efficace, du moins à court terme, pour les problèmes d’agression et d’irritabilité de modérés à graves chez les enfants et les adolescentes atteints d’un TSA. D’autres études devront être effectuées pour déterminer si la rispéridone est toujours efficace au-delà d’un traitement de 2 à 6 mois et pour voir si les effets secondaires deviennent plus problématiques dans le contexte d’un traitement à long terme.
Lonnie Zwaigenbaum, M.D., F.R.C.P.(C) |
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