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Un enfant sur 165 est atteint d’un trouble envahissant du développement – c’est trois fois le taux rapporté antérieurement

Eric Fombonne, MD, FRCPsych

Prévalence des TED au Canada chez les enfants de 0 à 19 ans
Ce tableau présente le nombre approximatif d’enfants présentant une forme de TED au Canada, par province, selon le recensement effectué en 2001 et une prévalence de 60/10 000. Le chiffre actuel avoisinerait 48 000.
PROVINCE

POPULATION
NOMBRE D’ENFANTS ATTEINTS D’UN TED
Terre-Neuve–Labrador
128,220
769
Île-du-Prince-Édouard
36,875
221
Nouvelle-Écosse
226,775
1,361
Nouveau-Brunswick
180,770
1,085
Québec
1,753,650
10,522
Ontario
3,002,165
18,013
Manitoba
314,140
1,885
Saskatchewan
285,540
1,713
Alberta
840,550
5,043
Colombie-Britannique
976,350
5,858
Yukon
8,325
50
Territoires du Nord-Ouest
13,060
78
Nunavut
12,445
75
Ensemble du Canada
7,778,865
46,673

De récentes études effectuées au Canada et au Royaume-Uni montrent que les troubles envahissants du développement (TED) sont beaucoup plus fréquents qu’on le croyait auparavant, la prévalence étant d’environ 60 enfants sur 10 000 ou un sur 165.

Les termes TED et les troubles du spectre autistique sont souvent employés de façon interchangeable pour désigner un groupe de troubles apparentés, soit le trouble autistique ou autisme proprement dit, le syndrome d’Asperger, l’autisme atypique et le trouble désintégratif de l’enfance. Tous ces syndromes ont en commun un noyau de caractéristiques (déficits de communication et d’interaction sociale combinés à un répertoire restreint d’intérêts et de comportements), mais diffèrent par certains symptômes, l’âge de survenue ou l’évolution naturelle.

Il y a quelques années, mes collègues et moi avons réalisé une enquête approfondie sur la prévalence des TED parmi des enfants d’âge préscolaire dans les Midlands, au Royaume-Uni1. L’étude visait à recenser les TED (pas seulement l’autisme), faisait appel à des techniques très proactives pour repérer les cas au sein de la collectivité et s’appuyait sur des outils diagnostiques modernes pour confirmer les cas décelés. Notre enquête a révélé une prévalence de 62/10 000. Seulement deux autres études avaient fait état d’un taux semblable jusque-là, et il fallait donc interpréter ces chiffres avec prudence.

Trois ans plus tard, les résultats de six nouvelles études étaient diffusés. Deux de ces études rapportaient une prévalence de l’ordre de 30/10 000, mais c’est probablement une sous-évaluation, vu les lacunes méthodologiques de ces études (pas d’examen direct des enfants, méthodes de détection moins sensibles). Dans les quatre autres études, le taux signalé oscillait autour de 60/10 000.

Dans la même région des Midlands, nous avons suivi à l’aide de méthodes rigoureusement identiques les enfants de cohortes plus récentes et avons obtenu les mêmes résultats2. Nous avons également réalisé la première enquête sur les TED au Québec, et nos résultats préliminaires indiquent une prévalence élevée (67/10 000) parmi 28 000 enfants d’âge préscolaire à Montréal3.

À la lumière de ces nouvelles données issues d’enquêtes indépendantes, on peut maintenant affirmer avec beaucoup plus de certitude que le taux de prévalence est de l’ordre de 0,6 %, ce qui représente un enfant sur 165.
Le Canada compte quelque huit millions de jeunes de 0 à 19 ans. Si on applique ce taux de 0,6 %, il y a donc actuellement 48 000 enfants et adolescents touchés par une forme de TED. Sans compter les adultes.
Est-ce à dire qu’on fait face à une épidémie de TED? Pas du tout. La hausse observée pourrait résulter d’un ensemble de facteurs. Les symptômes étant mieux connus, les TED sont maintenant détectés plus fréquemment et plus tôt, ce qui augmente le nombre d’enfants diagnostiqués. Les méthodes plus rigoureuses utilisées dans les récentes études ont également permis de repérer plus de cas de TED. Les taux plus bas relevés dans deux des plus récentes études, par exemple, reflètent certainement des méthodes de détection moins sensibles.

Hormis les deux études faisant état d’une prévalence élevée avec des méthodes pas très sensibles, rien n’indique par ailleurs qu’on assiste à une progression de l’incidence ou à une épidémie de TED. Notre deuxième enquête dans les Midlands a révélé le même taux que l’enquête précédente, ce qui indique qu’il n’y a pas vraiment une augmentation de l’incidence.
En somme, les troubles envahissants du développement sont plus répandus maintenant parce qu’on dispose de meilleurs instruments de dépistage et de diagnostic.

1 Chakrabarti S, Fombonne E. Pervasive developmental disorders in preschool children. Journal of the American Medical Association (JAMA) 2001;285(24):3093-3099.
2 Chakrabarti S, Fombonne E. Pervasive developmental disorders in preschool children: high prevalence confirmed 2004 (soumis pour publication)
3 Zakarian R, Bennett A, McLean-Heywood D, Fombonne E. Prevalence of PDD amongst english speaking school-aged children in Quebec. Présenté au 7e Congrès sur l’autisme à Lisbonne au Portugal, du 14 au 16 novembre 2003.

Eric Fombonne est titulaire d’une chaire de recherche en pédopsychiatrie à l’Université McGill et directeur de la division de pédopsychiatrie de l’Université McGill à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Il est fellow du UK Royal College of Psychiatry (FRCPsych) et fait partie du comité scientifique de plusieurs organismes et instituts de recherche internationaux.


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