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Prévalence de l’autisme et facteurs déclencheurs mentionnés par les parents parmi une population du nord-est de Londres

Lingam R, Simmons A, Andrews N, Miller E, Stowe J, Taylor B.

Archives of Disease in Childhood. 88:666-670. 2003.

Question : Quelle était la prévalence annuelle de l’autisme chez les enfants nés en banlieue nord-est de Londres entre 1979 and 1998, et quels facteurs les parents ont-ils invoqués comme causes de l’autisme chez leur enfant?

Contexte : Cette étude visait à établir la prévalence annuelle de l’autisme entre les années 1979 et 1998, parmi les enfants vivant dans cinq quartiers du nord-est de Londres. Les études de prévalence sont particulièrement importantes pour aider à planifier les ressources et rechercher les facteurs étiologiques. Les auteurs ont également examiné les causes selon la perspective des parents d’enfants ayant régressé après une période de développement apparemment normal. Ils ont voulu savoir s’il y avait une différence dans les raisons invoquées par les parents avant et après la publication d’un article suggérant que le vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) provoque une régression chez les enfants diagnostiqués plus tard autistes. L’observation d’une augmentation des cas après la parution de l’article indiquerait que les parents ont été influencés par la publicité entourant l’étude.

Sujets : Cette étude a porté sur 567 enfants nés entre 1979 et 1998 dans cinq quartiers du nord-est de Londres, atteints d’un trouble du spectre de l’autisme.

Type d’étude : Étude de prévalence fondée sur le recoupement des données provenant des dossiers médicaux.

Méthodologie : Les chercheurs ont dépouillé les fichiers informatisés, les registres d’incapacité fonctionnelle et les renseignements fournis par les pédiatres, les pédopsychiatres et les établissements d’éducation spécialisée de la région afin de repérer tous les enfants autistes. Ils ont examiné les listes informatisées des fiches diagnostiques, des dossiers d’immunisation et des antécédents médicaux des enfants pour vérifier le diagnostic d’autisme et trouver tous les cas de régression recensés ainsi que les raisons citées par les parents pour expliquer cette régression. Ils ont procédé à un recoupement des dossiers en vue de déterminer la première mention d’ « autisme » et toute mention de « régression » ainsi que la date de l’immunisation ROR. Après avoir relevé tous les dossiers des enfants portant la mention « régression », ils ont analysé les remarques des parents quant à la cause perçue des problèmes de leur enfant.

Principaux résultats : L’enquête a permis de répertorier 567 cas d’autisme infantile, ce qui correspond à une prévalence de 14,9/10 000; en incluant les enfants atteints d’autisme atypique et du syndrome d’Asperger, le taux serait de 29,4/10 000, même si les auteurs estiment que ce chiffre est en deça de la réalité. Elle a révélé que la prévalence annuelle a augmenté entre le début des années 1980 et le début des années 1990, puis s’est stabilisée.
Les 567 enfants dénombrés étaient répartis comme suit : 278 cas d’autisme infantile, 195 cas d’autisme atypique et 94 cas de syndrome d’Asperger. Selon les comptes rendus des parents, 27 % des enfants atteints d’autisme infantile avaient connu une régression, comparativement à 23 % des autistes atypiques et à 2 % des enfants Asperger. Le groupe Asperger a été exclu de l’analyse parce que les symptômes et le faible taux de régression étaient trop différents de ceux des deux autres groupes. Le nombre d’enfants qui avaient présenté une régression – signalée par les parents et documentée – était de 117 (sur un total possible de 118).

Parmi les 44 enfants pour lesquels il existait des rapports détaillés de régression, un déclencheur précis a été mentionné dans 42 % des cas – changement d’environnement ou événement comme la naissance d’un autre enfant (17 sujets); vaccination (12); infection virale ou bactérienne (7); apparition en période postchirurgicale (2); et autres causes (3). On a également découvert que, passé 1997 – année de la publication de l’article reliant l’autisme régressif au vaccin ROR – même si beaucoup de parents avaient dit se souvenir que leur enfant avait régressé, les dossiers des enfants indiquaient que les préoccupations formulées dataient d’avant la vaccination.

Conclusions : Dans cinq quartiers du nord-est de Londres, les auteurs ont employé des méthodes rigoureuses pour retrouver les dossiers de tous les enfants ayant été déclarés autistes entre les années 1979 et 1998. La prévalence qu’ils ont obtenue (14,9/10 000) concorde avec les taux rapportés par d’autres chercheurs1,2. Les auteurs ont également constaté une stabilisation du nombre de cas au début des années 1990. Leur analyse des causes de régression perçues par les parents porte à croire que les parents ont probablement été influencés par la publicité autour de la théorie de Wakefield au sujet de l’autisme régressif et que leur évocation des événement passés a pu être faussée (voir biais de mémorisation). Il y a lieu d’examiner la possibilité que les enfants apparemment victimes de régression aient manifesté des symptômes subtils avant les événements plus « mémorables » de la perte du langage et d’autres habiletés.

Les auteurs ont conclu que la hausse des cas diagnostiqués d’autisme était due à une meilleure reconnaissance des symptômes, entraînant un diagnostic plus précoce et plus fréquent. Donc, la stabilisation observée découlait du fait que, dans les dernières années de l’étude, moins d’enfants ont été diagnostiqués à l’âge de 4 ans puisque le diagnostic avait déjà été établi deux ans plus tôt.

Cette étude corrobore qu’il n’existe pas de « nouvelle variante » d’autisme. C’est donc dire que l’hypothèse d’un lien entre le vaccin ROR et l’apparition d’une nouvelle forme d’autisme dite régressive à la suite de la vaccination a encore une fois été réfutée. Il semble également que les souvenirs de certains parents ont été influencés par les médias faisant état d’un lien entre le vaccin ROR et la régression et que la véracité de ces observations est pour le moins contestable.

1 Chakrabarti, S, Fombonne E. Pervasive developmental disorders in preschool children. JAMA 2001;285:3093-3099.
2 Baird G, Charman T, Baron-Cohen S et al. A screening instrument for autism at 18 months of age: a 6-year follow-up study. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry 2000;39:694-702.


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