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| Article original
L’attitude des parents influe sur le développement sociocommunicatif des enfants autistes
Siller M and Sigman M.
Journal of Autism and Developmental Disorders 32(2): 77-89. 2002
En bref
La façon dont les parents interagissent avec leur enfant a-elle une influence sur le développement du langage?
- Les enfants autistes, tout comme les enfants se développant normalement, doivent pouvoir compter sur de bonnes compétences parentales pour réaliser leur plein potentiel.
- Dans cette étude, les enfants autistes ont mieux développé leurs habiletés verbales avec l'âge lorsque les parents leur laissaient prendre l'initiative des interactions, exprimaient leur intérêt et leurs commentaires face aux activités et jouaient avec lui en fonction de ses propres centres d’intérêt.
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Question : Le comportement parental permet-il de prédire les habiletés ultérieures de l'enfant en communication?
Contexte : Même si les chiffres varient, on estime que 50 à 72 % des enfants autistes développeront un certain niveau de langage verbal. On croyait que le Q.I. déterminait la future capacité de communication verbale d’un enfant, car les enfants ayant un Q.I. plus élevé sont en général plus « verbaux », mais la corrélation n’est pas absolue. Il manque toutefois un élément dans les études qui ont été menées jusqu'ici. Tous les enfants, qu'ils se développent normalement, qu’ils accusent un retard de développement ou qu’ils présentent un trouble autistique, tous bénéficient d'un certain type d’attention parentale qui favorise au maximum leur développement intellectuel, affectif et social. Les parents doivent savoir quelles connaissances et compétences sont requises pour réussir cette tâche. La présente étude a examiné les caractéristiques des interactions entre les parents et leur enfant qui ont tendance à stimuler le développement du langage chez l’enfant.
Type d’étude : Séries temporelles avec suivi au bout d'un an, de 10 ans et de 16 ans. Les données existantes proviennent de cette dernière série.
Sujets : On a recruté trois groupes de sujets : des enfants se développant normalement, des enfants présentant un retard de développement et des enfants autistes, diagnostiqués au moyen de l'instrument ADI-R (le meilleur outil diagnostique disponible). Lors de la première évaluation, on les a appariés selon leur âge chronologique, leur âge mental, leur niveau de développement du langage, leur intelligence et le niveau de scolarité de leur mère, et on n'a observé aucune différence significative parmi les groupes pouvant être liée à l'âge mental, au niveau de développement du langage ou au niveau de scolarité de la mère. Les enfants autistes et les enfants accusant un retard du développement n'étaient pas significativement différents les uns des autres, mais ils différaient des enfants au développement normal sur le plan de l'âge chronologique et du Q.I.. Les enfants exempts de trouble de développement avaient un Q.I. moyen et étaient beaucoup plus jeunes que les autres sujets pour le stade de développement correspondant.
Cadre : Institut neuropsychiatrique de l’Université de la Californie à Los Angeles
Évaluation des facteurs pronostiques : Lors de l'évaluation initiale, on a soumis les enfants à un test de communication sociale précoce et on a filmé sur vidéo leur interaction avec leur parent ou leur parent-substitut (habituellement la mère) pour établir la qualité de l’interaction. On a évalué les capacités langagières de l'enfant au point de mesure de 16 ans.
Principaux paramètres d’évaluation : On a mesuré les scores équivalents à l'âge en ce qui concerne le langage de l'enfant, l’amélioration des scores à cet égard sur une période de 1, 10 et 16 ans, les comportements du parent ou du parent-substitut et l’expression verbale au cours des interactions avec l'enfant enregistrées sur vidéo.
Principaux résultats : Les enfants dont la mère était le plus « au diapason » avec eux et imposait moins ses propres intérêts ou son initiative en matière de jeu avaient acquis de meilleures capacités langagières au cours de la troisième série temporelle (16 ans).
Conclusions : Il importe de savoir comment les parents peuvent produire le meilleur résultat chez leur enfant. Dans ce cas-ci, la « sensibilité » ou la capacité de percevoir et d'interpréter les indices et les signaux de l'enfant et d'y répondre avec empathie est importante pour le développement langagier ultérieur de l'enfant. Les enfants de parents qui les ont laissé mener l'interaction, ont commenté leurs activités, ont nommé les objets qu’ils manipulaient et, de façon générale, ont incité l’enfant au jeu en respectant ses intérêts, avaient acquis de meilleures capacités verbales que ceux dont les parents avaient affiché moins de ces comportements.
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Commentaire
L'attention conjointe est une forme de communication non verbale qu'on croit importante dans l’apprentissage des habiletés en communication verbale chez les enfants se développant normalement. Ce terme désigne les comportements que nous utilisons pour orienter quelqu’un vers l’objet de notre attention (p. ex. en montrant du doigt, en portant alternativement notre regard vers l'objet puis vers l'autre personne). Les enfants autistes ont généralement de piètres habiletés en ce qui concerne l'attention conjointe et la communication verbale. On sait toutefois que la façon dont les parents interagissent avec leurs enfants en période de jeu peut stimuler le développement de ces habiletés si importantes. Lors de cette étude, Siller et Sigman ont examiné comment le style de jeu d'un parent influe sur le développement de l'attention conjointe et du langage des enfants autistes.
Dans l'ensemble, l'étude a révélé que les enfants dont les parents se mettaient au niveau de l’enfant lors du jeu avaient amélioré davantage leur capacité d’attention conjointe lors du suivi effectué au bout d'un an. Les interactions au cours du jeu étaient considérées comme synchronisées si les parents dirigeaient leurs paroles et leurs comportements vers le centre d'intérêt de l'enfant au lieu de chercher à diriger ce dernier vers autre chose (p. ex. jouer avec un autre jouet). De même, les enfants dont les parents étaient moins exigeants, par exemple, qui parlaient à l'enfant de ce qu’il faisait avec un jouet plutôt que d'exiger que l'enfant fasse autre chose, avaient progressé davantage sur le plan du langage lors du suivi effectué au bout de 16 ans.
Dans cette étude, on a observé des résultats nettement supérieurs chez les enfants dont les parents étaient plus attentifs à leur enfant et plus en synchronisme avec eux au cours des séances de jeu. Autrement dit, les enfants de parents dont les commentaires et les comportements étaient dirigés vers le centre d'attention du jeu de l'enfant ont plus amélioré leurs habiletés que ceux des parents qui étaient plus exigeants. Ces conclusions revêtent de l'importance parce qu'elles laissent entendre que les parents peuvent influencer le développement de leur enfant, simplement en manifestant leur intérêt à ses jeux par leurs paroles et leur comportement. De nombreux enfants autistes passent plusieurs heures chaque semaine dans un milieu d'apprentissage dirigé très structuré. Il importe de savoir que l'apprentissage peut également s'effectuer dans le cadre d'interactions plus détendues avec les parents. Il serait utile de mener un plus grand nombre de recherches contrôlées sur ce sujet, et ce, tant pour les parents que pour les cliniciens.
Beth A. McConnell, Ph.D.
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